Site de la Chartreuse

Le Mont Cornillon – ainsi qu’on l’appelait au Moyen-Âge – nous accueillera deux jours de suite. Répondant, de l’autre côté de la Meuse et de l’Ourthe, au mont de la citadelle, c’est aujourd’hui le principal espace vert dans la ville, bien qu’il soit quelque peu ignoré des Liégeois comme des services communaux. On sait qu’il a été occupé par diverses congrégations religieuses, dont les moines chartreux, qui lui ont laissé leur nom. Mais son histoire est surtout marquée par des convoitises militaires éparses, depuis le treizième siècle, et par des tentatives répétées et un peu vaines d’en faire une place forte d’importance. Vers 1820, les Hollandais y construisent à leur tour un fort, transformé en caserne à l’indépendance. Dans les années 1980, la valse des militaires prend fin.

Commence celle des propriétaires… Les pouvoirs publics finissent, après plusieurs tours sur eux-mêmes, par s’en débarrasser auprès de deux promoteurs immobiliers, dont un fort peu recommandable. Les pelleteuses sévissent bientôt, sans vraiment attendre qu’on leur dise oui, et détruisent en 2010 de douloureux souvenirs de la Grande Guerre.

Aujourd’hui, l’ancien domaine militaire est l’une des principales « Zones d’Aménagement Communal Concerté » de l’agglomération. Aménagement concerté, s’entend, avec les sociétés privées auxquelles la Ville a passé la main au préalable. Car, à défaut de prendre un peu de hauteur politique et de se donner les moyens de travailler elle-mêmes sur le bon usage des surfaces disponibles, sur la densité de peuplement, l’égalité d’accès au logement, la mobilité, les villes ont la fâcheuse habitude de laisser le scalpel aux promoteurs pour se refaire le visage.

Ainsi pourrait naître « Chartreuse-village », cocon résidentiel verdoyant, et concrètement protégé des agressions extérieures par les anciennes murailles du fort. Certains voient dans ce projet les prémices d’une « gated community ». Là où des jeunes gens en treillis jouent aujourd’hui à la guerre dans un décor post-apocalyptique, verra-t-on bientôt de véritables milices privées? Quelques chiens de garde rôdent déjà…

C’est aux portes de ce site déserté par les pouvoirs publics que nous vous convions, pour faire le point sur ces projets urbanistiques très privés, mais aussi pour évoquer, en cinéma, la guerre et la mémoire, et se donner le temps d’y vivre un peu de fête et de poésie, et de célébrer l’été.

Pour une lecture critique des projets urbanistiques sur les hauteurs de la Chartreuse, vous pouvez notamment consulter:

Chartreuse: au risque de l’enfermement, Conférence de presse d’urbAgora, février 2011

Pour une synthèse de l’histoire du site, vous pouvez notamment consulter les publications du Centre Nature et Patrimoine:

BRASSEUR, T., La Chartreuse de Liège, 1994

LIENARD, J., Le premier fort de la Chartreuse à Liège (1689-1702), 1994

BRASSEUR, T., La Chartreuse, forteresse hollandaise en sursis?, 1993

Enfin, le blog de l’asbl La Chartreuse contient des informations en tous genres sur l’histoire et l’actualité du site.

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